[Cette lettre rédigée par le comité de lutte pour les Bluets a été adressée dans un premier temps par courrier à Philippe Martinez, Secrétaire Général de la CGT, accompagné de la pétition. Aucune réponse ne nous est parvenue à ce jour, ce qui justifie que nous la publiions]

Monsieur Martinez,

Au lendemain du congrès de la CGT, et de votre réélection comme Secrétaire Général de la CGT, les salariés des Bluets vous sollicitent à travers cette lettre, rédigée par des élus ainsi que des salariés non syndiqués.

En tant qu’ancien Secrétaire de la fédération de la Métallurgie, vous êtes celui qui avez suivi pas à pas les différents rebondissements connus par notre établissement ces dix dernières années et peu connaissent ce dossier comme vous le connaissez.

Nous regrettons de devoir vous interpeller dans cette période difficile où la CGT comme SUD sont vent debout contre la loi travail, mais l’urgence de la situation nous commande de le faire.

Vous n’êtes pas sans savoir que l’équipe des Bluets, réunie en assemblée générale le mardi 19 avril 2016, a voté à l’unanimité les motions suivantes :
1. Construire une gouvernance sans conflits de pouvoirs,
2. Respecter réciproquement les fonctions et qualifications de chacun en prenant le temps de s’écouter,
3. Travailler en équipe comme nos cadres de proximité nous le demandent chaque jour dans nos services,
4. Ne pas instrumentaliser les salariés au profit des conflits de direction,
5. Prendre des décisions avec les acteurs de terrain qui ont l’expérience et la motivation pour cet établissement dans tous les services,
6. Cesser de gaspiller de l’argent en contentieux coûteux. Utilisons plutôt cet argent pour améliorer les salaires de l’ensemble du personnel,
7. Renoncer à la décision de départ anticipé du Directeur afin d’éviter une déstabilisation de l’ensemble du personnel,
8. Eviter une nouvelle fuite en avant qui fragilise une équipe qui tente de se reconstruire.

Les 70 salariés présents au moment de l’AG ont voté la grève pour le 21 avril, grève que la Direction Générale a tenté, en avançant des arguments inexacts, de déclarer illicite.

C’est hélas symptomatique de l’attitude de la Direction Générale, qui refuse depuis le début de la crise de revenir sur le bien-fondé de sa décision et refuse même un dialogue qui permettrait d’entendre les arguments des uns et des autres. Est-ce qu’une telle attitude correspond à cette démocratie sociale que vous défendez à juste titre à la CGT et en dehors ?

Une nouvelle assemblée générale a eu lieu le 02 mai 2016. Une grève massive, votée par 43 voix pour, 2 abstentions, 1 contre, a été décidée pour le 3 mai. Nous nous permettons un rappel des dossiers litigieux, que vous connaissez et qui ont abouti à une quasi-liquidation judiciaire de l’association en 2012.

L’association et l’Union Fraternelle des Métallurgistes (UFM) ont su rebondir en 2008 et en 2012 suite aux mobilisations des salariés et des usagers et c’est ensemble que les Bluets ont évité la cessation de paiement en 2012. Si cela a été possible, c’est également grâce à la prise de conscience de la fédération des métallurgistes de préserver cet hôpital avec ses valeurs : l’effort financier de la fédération des métallurgistes vers l’Hôpital, ainsi que la mutualisation des trésoreries des Centres de Rééducation Professionnelle (CRP) et de l’Hôpital et l’aide de la mairie de Paris, entre autre, ont permis de rebondir.

Dans la période qui a suivi, la mobilisation et les efforts du personnel des Bluets ont été salués par tous malgré une augmentation importante de l’activité sans augmentation significative du personnel. La prise en charge des patientes a été préservée comme le démontrent les enquêtes de satisfaction : mieux encore, le label Initiative Hôpital Ami des Bébés (IHAB) obtenu en 2009 et 2014 a accru la réputation de l’hôpital.

La crise de 2012 s’est certes également traduite par un fort renouvellement de l’équipe médicale et de l’équipe d’encadrement. Cette reconstruction a été rude pour le personnel, mais la cohésion médicale est finalement une réussite : la stabilité retrouvée de l’équipe d’encadrement est là pour en témoigner. A ce titre, l’apaisement des relations avec les équipes médicales de l’hôpital Trousseau, saluée par l’Agence Régionale de Santé (ARS), est à mettre au crédit de ce travail de fond.

La Direction Générale affirme que nous sommes à la croisée des chemins, et elle a parfaitement raison : aujourd’hui l’Hôpital a une direction stabilisée qui fait preuve d’un réel professionnalisme. C’est pourquoi l’annonce de la volonté de la Direction Générale de ne plus travailler avec le directeur en place est un tsunami : la décision, annoncée le 15 avril en Comité d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail (CHSCT) de le démettre de ses relations avec le personnel apparaît, à ce titre, incompréhensible.

Comment comprendre qu’on déstabilise ainsi l’établissement à un mois de la certification par la Haute Autorité de Santé (HAS) ? Comment comprendre que la Direction Générale remette en cause, six mois après son arrivée, un directeur qu’elle a elle-même nommé ? Comment comprendre que cette direction ait été récemment écartée des réunions du conseil d’administration alors qu’il s’agissait de questions touchant l’Hôpital ?

Au même titre, nous ne comprenons pas que la direction financière de l’association, arrivée récemment et qui a en charge l’avenir financier de toute l’association, s’isole des compétences des professionnels gestionnaires de l’établissement. En effet, pour la première fois elle présente seule le budget de l’Hôpital Pierre Rouquès à l’ARS, sans l’aide technique de la personne nommée en 2012 par l’administrateur judicaire et sans coordination avec le directeur de l’Hôpital. Comment comprendre qu’un budget différent de celui présenté par le directeur aux élus du CE et de la CPE ait été présenté par la Direction Générale (DG et DAF) à l’ARS, hors la présence du directeur ? Cette pratique de travail dans le conflit avec les professionnels « gestionnaires » sur le terrain est-elle spécifique aux Bluets ?

Cette fuite en avant tout azimut et ce manque de professionnalisme inquiètent le personnel qui y voit le prélude à une cessation de paiement qui cette fois-ci ne toucherait plus seulement l’Hôpital Pierre Rouquès / Les Bluets mais l’ensemble associatif, donc plus de 600 personnes. Ces inquiétudes et cette insécurité pourraient à brève échéance se traduire par de nombreux départs dans l’équipe. Comment conservera-t-on une qualité de la prise en charge reconnue par tous si, du gardien au médecin, des soignants aux administratifs l’équipe explose ?

Cette nouvelle crise de 2016 doit être prise en considération en écoutant le personnel et les élus dès maintenant, afin d’éviter de recommencer une bataille dont le personnel fera les frais encore une fois.
C’est pourquoi, monsieur Martinez, la capacité d’écoute dont vous avez fait preuve lorsque vous étiez secrétaire de la fédération de la métallurgie nous est, aujourd’hui encore, vraiment nécessaire pour que l’avenir de l’hôpital soit préservé. Vous savez l’importance d’écouter les salariés sur le terrain et nous vous faisons confiance pour que l’HPR reste un hôpital prestigieux pour son personnel et pour la CGT. C’est dans cet esprit que nous vous demandons de recevoir une délégation intersyndicale avec la présence de représentants du personnel non syndiqués dans les plus brefs délais.

Nous vous remercions par avance pour l’attention que vous voudrez bien accorder à ce courrier.

Le comité de lutte pour les Bluets

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