Communiqué de presse du 23 mars
L’association Touche pas aux Bluets, composée de personnels des Bluets, de parents de futurs parents et de citoyens, a tenu à s’associer aux inquiétudes soulevées par l’association Ambroise Croizat.
Nous nous sommes donné comme mission de défendre aux côtés de l’établissement une certaine idée de la naissance. Les évolutions médicales d’une part (les progrès du diagnostic prénatal par exemple), sociologiques d’autre part (notamment la généralisation des chambres individuelles), ont fait apparaître de nouvelles problématiques. Les équipes des Bluets questionnent en permanence les méthodes et pratiques ; Touche pas aux Bluets souhaite par l’action de ses bénévoles apporter un soutien fort à la Maternité dans cette démarche d’évolution permanente. Pour les projets à l’étude pour l’année à venir, on évoquera la mise en place d’ateliers et activités à destination des nouveaux parents, la mise en place d’un think tank sollicitant des intervenants de tous horizons sur les questions de maternité et le soutien au projet « L’art comme l’air » visant à mener des résidences d’artistes au sein de la Maternité.
Mais force est de constater, hélas, qu’une grande partie de notre action et donc de notre énergie est aujourd’hui « défensive » : nous sommes contraints de consacrer un temps considérable à la protestation, contre ce qui constitue une véritable destruction du service public de santé, auquel les Bluets sont à la fois attachés et rattachés.
Comment penser des initiatives positives alors que nous sommes confrontés, année après année, aux effets conjoints du désengagement de l’Etat et de l’augmentation d’activité corollaire à ce désengagement ? L’association défend par exemple le droit de chaque femme à être accompagnée au moment de la naissance de son enfant par une sage femme dédiée : l’augmentation d’activité au delà des 2800 naissances ne le permet pas. Nous jugeons essentiel l’accompagnement de l’allaitement qui est, comme l’affirme le Ministère de la Santé, une question de santé publique. Avec des durées moyennes de séjour toujours plus courtes du fait même de la politique de santé de ce même ministère, cet accompagnement est aujourd’hui gravement menacé.
Comment travailler sur un modèle d’équilibre dans la relation parents-enfant-personnels, quand le seul équilibre recherché par les tutelles est financier ? L’objectif de la rentabilité à tout prix substitue à l’équilibre l’équilibrisme ; au-delà même des questions liées à l’accompagnement, cette recherche de rentabilité compromet le choix des femmes de pouvoir accoucher le jour J en sécurité et en confiance, et obligera à programmer toujours plus les naissances et à augmenter le risque de césarienne.
Comment penser la fragilité du moment de la naissance, qui fait toute sa beauté, alors que l’idée même de fragilité devient un gros mot, synonyme de fermeture pour tant d’établissements ?
Le terme même d’échange semble aujourd’hui contraint, dans le domaine de la santé comme ailleurs, à la dimension marchande. Aucune utopie ne peut pousser sur un terrain où tous les actes sont tarifés, du moins ceux qui sont quantifiables. Car dans le monde rationnel de la T2A l’accompagnement, en tant qu’il n’est pas quantifiable, n’existe pas : il est laissé à la bonne volonté des personnels qui auraient encore le courage, en sus d’une charge de travail toujours croissante, de donner un peu de ce temps qu’on leur grignote peu à peu.
Nous n’oublions pas non plus l’IVG, qui fait parfois partie du chemin des femmes vers une maternité à venir. Le choix de recourir à l’IVG médicamenteuse plutôt qu’à l’IVG chirurgicale est de plus en plus dicté par la pression financière, alors que le choix de la méthode devrait uniquement résulter d’une décision éclairée de la patiente.
Touche pas aux Bluets s’inscrit en opposition totale avec la loi HPST qui malmène au nom d’économies mal démontrées les fondements éthiques de ce moment fondateur de la naissance. Nous affirmons une solidarité sans faille avec la maternité des Bluets, l’association Ambroise Croizat et d’une façon plus générale le service public de santé.

